Décembre a toujours ce petit goût de célébration fitness: on se remémore ses sentiers préférés, ses dénivelés monstrueux, ses segments arrachés au mental, et l’on partage un joli diaporama de son année de trail running. Cette fois, la carte postale se paie. Strava a basculé son “Year in Sport” derrière le paywall Premium, calquant de près le mouvement déjà amorcé par Garmin avec son nouveau “Rundown” réservé aux abonnés Connect Plus. Résultat: levée de boucliers chez les coureurs qui synchronisent chaque sortie depuis leur Montre GPS et qui ont l’impression de devoir sortir la carte bleue pour visualiser une synthèse… de leurs propres données. Entre frustration et questionnement sur la valeur réelle de ces récapitulatifs, la communauté s’interroge: jusqu’où ira la segmentation payante des plateformes?
Jusqu’ici gratuit et très partagé en fin d’année, le “Year in Sport” de Strava passe en mode abonné. L’exercice était simple, visuel et plutôt fun: un carrousel récapitulant vos kilomètres, votre dénivelé positif et négatif, vos sorties marquantes, vos segments favoris, agrémenté de quelques cartes et heatmaps. Désormais, sans Premium, pas d’accès. La colère gronde, notamment sur Reddit, où l’on pointe une réalité gênante: on vous facture la présentation d’une statistique déjà visible ailleurs — parfois dans votre profil, parfois dans l’app de votre montre (Garmin Connect, Suunto App, Coros App), parfois dans un fichier FIT que vous pouvez exporter. Beaucoup y voient une “emballage cadeau” facturé plein tarif, un slideshow de stats connues, quand d’autres regrettent une occasion manquée d’aller plus loin (analyse de GAP plus fine, courbes de cadence, tendance d’allure au km, mise en avant de la puissance en course si vous courez au Stryd, etc.). Le parallèle avec Garmin est immédiat: le “Rundown” aussi demande un abonnement. Dans un cas comme dans l’autre, le sentiment dominant est qu’on vous vend une mise en forme, pas une nouvelle donnée.
- Le récap Strava valorise vos totaux (distance, dénivelé, cadence) déjà issus de votre Montre GPS et synchronisés en fichier FIT.
- Il reprend des cartes (heatmaps, segments) sans analyse approfondie du profil d’altitude ou de la pente instantanée.
- Il n’exploite pas finement les métriques avancées (running dynamics, oscillation verticale, temps de contact au sol) calculées par certaines montres.
- L’accès passe derrière un abonnement annuel Premium, jugé disproportionné si l’on ne veut que le diaporama.
- Une période d’essai d’un mois peut dépanner, à condition de penser à résilier.
Pourquoi cela touche particulièrement les traileurs: La valeur perçue des données
En trail running, on ne parle pas que de kilomètres: on parle d’altimètre barométrique, de profil d’altitude, de VAM, de ClimbPro et de cette succession de cols où l’on gère tant bien que mal la stamina et la récupération recommandée. Vos chiffres viennent de vos poignets: capteur cardio optique, accéléromètre, gyroscope, boussole, parfois capteur cardio externe via ceinture cardio en ANT+ ou Bluetooth. Votre Montre GPS — boîtier titane, lunette saphir pour les plus exigeants — mouline du GNSS multibande (dual-band GPS L1/L5 avec Galileo, GLONASS, BeiDou, QZSS, correction SBAS, track smoothing, satellite preload) pour tenir une trace GPX propre, vous guider en suivi d’itinéraire avec navigation turn-by-turn, Backtrack/TracBack, et vous ramener au point de départ s’il le faut. Vous gérez l’autonomie GPS avec le mode UltraTrac, le mode Multi-GNSS, un battery manager intelligent, une estimation d’autonomie à la minute, et parfois une charge rapide sur clip de charge ou station de charge, powerbank en fond de sac. Ce sont ces heures en montagne, en skyrunning, en course nature, en randonnée ou en fast hiking, qui alimentent Strava. D’où cette crispation: payer pour une mise en page des mêmes totaux sans valeur ajoutée analytique (pas de tendances de VO2max, de charge d’entraînement/training load corrélée à la qualité de sommeil profond/sommeil paradoxal, à la HRV ou au stress/body battery), c’est, pour beaucoup, une rupture du pacte implicite de confiance.
Astuce :
Si vous tenez à voir votre Year in Sport sans rester abonné, activez l’essai Premium un mois, générez et sauvegardez vos cartes/visuels, puis résiliez avant échéance.
Technique: Comment ces récapitulatifs exploitent vos capteurs
Sur le plan technique, rien de mystérieux. Votre montre de trail enregistre à la seconde ou à la fraction de seconde, selon le mode, l’allure instantanée, la cadence, la distance, la vitesse verticale, la pente instantanée, la FC, la SpO2 (oxymètre) et, pour certains modèles, la puissance en course. Les profils GNSS multibande dual-band améliorent la précision en sous-bois et en couloir de falaise, quand l’altimètre barométrique corrige l’altitude au fil des fronts météo. La trace est lissée (track smoothing), la correction SBAS peut stabiliser la position, et l’algorithme ajuste les sauts de signal. Tout remonte en Bluetooth, ANT+ ou Wi‑Fi vers l’app maison (Garmin Connect, Suunto App, Coros App), puis se synchronise avec Strava. Le format FIT encapsule vos données capteur, parfois jusqu’à la running dynamics (temps de contact au sol, oscillation verticale) si vous portez un footpod ou un Stryd, ou une ceinture cardio avancée. Certaines plateformes enrichissent: estimation de VO2max, seuil lactique, performance condition, training effect, charge d’entraînement, score de récupération, voire température corporelle et respiration par minute. Côté navigation, vos traces GPX (import GPX/suivi d’itinéraire) nourrissent aussi les heatmaps et les segments. Au final, le “Year in Sport” est un agrégateur visuel de ce gisement de données. Sauf que l’apport “analyse” reste timide: pas de zoom cartographique avancé, pas de corrélation fine entre charge et sommeil, pas de lecture contextualisée de la GAP sur des profils d’altitude complexes, pas de cartographie offline ni de carte topo intégrée. D’où la sensation de payer pour un vernis. Et pendant que les montres progressent via mises à jour OTA (tactile verrouillable, musique intégrée avec Spotify offline, paiement sans contact type Garmin Pay/Apple Pay, bracelet QuickFit, étanchéité 5ATM/10ATM), la couche “récit de performance” gagnerait à s’élever au même rythme.
- Exportez régulièrement vos fichiers FIT et un export GPX propre de vos ultras.
- Centralisez vos stats dans une app tierce (TrainingPeaks) pour garder l’historique.
- Comparez les récapitulatifs gratuits des apps de votre montre avant d’acheter un abonnement.
- Vérifiez vos zones cardio, votre FC repos et votre HRV pour un bilan plus intelligent que le seul kilométrage.
Au fond, la question n’est pas de savoir si un récap annuel doit être payant, mais s’il apporte une valeur digne de vos heures passées en montagne. Si Strava et Garmin veulent convaincre, ils devront dépasser le diaporama: proposer une lecture experte des segments et heatmaps, croiser GNSS, dénivelé et running power, raconter la progression en mettant en perspective VO2max, charge d’entraînement, récupération et qualité de sommeil. Le jour où ce récit deviendra vraiment utile à votre prochain ultra trail, l’abonnement semblera naturel. En attendant, vous avez déjà sur le poignet et dans vos apps de montre de quoi tirer un bilan solide — sans péage à chaque fin d’année.
Source : https://gadgetsandwearables.com/2025/12/20/strava-year-in-sport/
